Jour 10 – Le Réveillon de l’Angoisse

C’est parti pour une longue journée, avec 15h de vol en mode solo cette fois, puisque Benji reste quelques jours de plus au Japon.

Levés à 8h, on va jusqu’à la gare de Shinjuku où nos adieux (enfin « adieux », on se revoit dès lundi soir hein) sont rapides, puisque monsieur a une envie pressante. Souda.

Ca y’est, me voilà seul sur le quai à attendre mon train, et je remarque que c’est la première fois depuis 10 jours que je me retrouve tout seul. ET PUTAIN CA FAIT DU BIEN. (dédicace à toi bb)

Non en vrai du coup c’est vrai qu’on aborde pas du tout un voyage de la même manière si on voyage en solo ou avec un pote. Forcément, être seul ça fait gamberger et on est accompagné de sa petite voix dans l’crâne qui s’arrête pas de parler, à laisser mon esprit vagabonder au fil des paysages et de la musique. On me laisse seul 5 minutes et j’commence à me raconter des histoires dans ma tête, à m’imaginer plein de choses, à ressasser le passé, réécrire des moments de ma vie, me projeter dans l’avenir et généralement bien badder, tmtc. Mais au fond j’aime bien ça, je crois que c’est dans ces moments que je suis le plus fébrile et le plus créatif.

Forcément, voyager à 2 rend le truc plus léger, on était toujours à parler, à se rappeler de bons souvenirs et à en créer d’autres, à ressortir une vanne faite il y a 10 piges, à délirer sur des trucs qu’on croise dans la rue où dans des magasins, à lâcher des « souda » toutes les 5 minutes. J’admire sa patience, parce que j’étais une vraie usine à vannes bien nazes, j’crois qu’il n’y a qu’avec lui que je suis aussi insupportable. Lucky him.

IMG_20161231_084103.jpg
Un dernier poteau électrique pour la route

Par contre, je l’avoue, ce qui m’a un peu manqué, c’est de m’imprégner de ce que je voyais avec de la musique. Comme je l’ai déjà raconté lors de mon voyage aux USA, la musique est pour moi une sorte d’éponge qui absorbe toutes mes impressions du moment, et quand je réécoute une chanson, elle me renvoie tous ces souvenirs. C’est pourquoi Thiéfaine et Hot Sugar me renvoient à mon Road Trip, par exemple. Et là, à part pour m’endormir, je n’ai quasiment jamais écouté de musique (ça n’aurait pas été très poli quand même). Alors hop, j’enfile mes écouteurs et j’écoute la playlist que je m’étais constituée pour ce voyage.

La chanson que j’écoute en boucle est celle-ci, parce qu’elle est très entraînante, et parce que j’aime bien le titre qui sonne comme une véritable devise : « Despair, Hangover & Ecstasy », ça sonne comme les 3 étapes d’un cycle qui se répète continuellement dans ma vie.

Une fois arrivé à l’aéroport, je claque mes dernières thunes dans un petit McDonald’s (ils font un « McTeriyaki », fallait que je teste) et dans une GUIDE DE TOKYO. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre des trucs sur la ville qu’on vient de visiter. Le lire avant m’aurait un peu spoilé, je pense.

snapchat-1832332595
Ma dernière photo du Japon

Hop, on embarque à l’heure, derrière moi il y a une japonaise d’un mètre 50 qui me demande de mettre sa valise dans le porte-bagage, et vu le nombre de fois qu’elle m’a remercié, j’ai eu l’impression d’avoir guéri un membre de sa famille d’une maladie incurable, c’était ouf. Par contre au moment de me saisir de sa valise j’ai remarqué qu’elle exhalait une forte odeur de poisson, donc je l’ai foutue assez loin de ma place.

A ma gauche, une russe, et à ma droite, une seconde russe. Elles ont pas l’air très rigolotes donc j’essaie pas de sympathiser, et ça m’énerve, parce que dans plein de films, et c’est même arrivé à certains potes, un long vol en avion est l’occasion de faire de chouettes rencontres, mais pour moi c’est souvent un long moment de solitude.

Au bout d’une heure de vol, il se passe un truc chelou : les 2 russes commencent à s’engueuler au sujet du hublot (je crois). Celle côté couloir ne voit pas son écran à cause du reflet du soleil et demande à celle côté hublot de le fermer, mais elle refuse. S’ensuit un dialogue plutôt agité, et moi au milieu qui capte que dalle. C’était sympa.

Une heure plus tard, Miss Hublot va faire un tour aux toilettes et Miss Couloir me demande donc en anglais « Could you please close the window please ? » Holy shit. Je vais devoir prendre position, et ptet, ce faisant, déclencher la 3ème guerre mondiale : si je ferme ce hublot, l’autre va revenir, péter un boulon, elles vont se battre dans l’allée, ça va déconcentrer le pilote et on va se crasher au milieu de la Russie, et BAM, ça va faire des chocapics. Mais si je le ferme pas, l’autre j’suis sûr qu’elle va me faire des guilis pendant que je dormirai. RAAAH. Bon, je le ferme, parce qu’il me gêne aussi.

Miss Hublot revient, s’asseoit, remarque le hublot fermé, et le rouvre sans dire un mot. Pas de 3ème guerre mondiale finalement, mais une tension palpable pendant tout le reste du vol. (Je crois qu’elles faisaient même exprès de se donner des coups de sacs à la fin dans l’allée)

Les 10h du Tokyo-Moscou m’ont paru interminables. Impossible de bien dormir en étant serré entre deux personnes avec 0 places pour mettre mes genoux, sans compter le chiard qui n’a pas arrêté de pleurer. C’était super inconfortable, et finalement j’ai sorti la 3DS pour me refaire Chrono Trigger pour la énième fois.

A Moscou, je remarque que la japonaise avec sa valise sentant le poisson se fait arrêter pour un contrôle par la douane. Tu m’étonnes. J’avais normalement 2h pour la correspondance, qui se transforment en 3h, car l’avion aura du retard. Arf, ça va nous faire arriver à Paris à 23h ça, ça va être chaud pour arriver chez ouam avant le réveillon, je le ferai certainement dans le RER du coup. C’est pas grave, j’avais anticipé le truc en m’achetant des Pringles et du Saké histoire de faire la teuf dans mon coin.

Le vol Moscou-Paris dure 4h, et cette fois, je suis assis à côté d’une française vraiment très jolie. Damnède, je me plaignais pendant le premier vol, et voilà que ça m’arrive enfin. Mais j’suis trop timide, je vais jamais oser lui parler, puis en plus c’est comme si c’était du harcèlement de rue mais dans un avion, encore pire, donc je me fais mon ptit film dans ma tête. Je ferme les yeux, j’écoute ma musique, et je m’imagine lui parler. Vu qu’on est dans un avion on parlerait chacun de notre voyage, et on aurait plein de trucs à dire, on se découvrirait mutuellement par le biais de notre sensibilité, du choix des anecdotes qu’on raconterait, et on ne verrait pas le temps passer.

Le pilote fait une annonce, en français, puis en anglais : « Welcome to ze flaïyteuh to Paris, ze wézeur in Parisse iz verrry caulde, etc » avec un accent vraiment hardcore. J’peux pas m’empêcher de rire, et ma charmante voisine m’interpèle : « Tu te moques de lui, mais mon accent est pire que le sien… »

« Oula, c’est pas à moi qu’il faut dire ça, j’suis prof d’anglais figure toi, alors j’déconne pas avec ces choses là »

Et c’est comme ça que débute la conversation. Elle a passé une douzaine de jours au Vietnam avec une amie, et échange nos anecdotes de voyage, exactement comme je l’avais imaginé. Si moi mon kif en voyage c’était de tester toute la malbouffe possible, elle, c’est plutôt les alcools, et au Vietnam ils ont l’air de faire des trucs bien hardcores, genre de l’alcool de Serpent (qu’elle a ramené à sa famille, nice !). Elle est rigolote et très bavarde, et pendant près de 3 heures, on papote sans discontinuer, ce qui fait passer le vol très vite. Les sujets sont très variés, depuis ses pieds méga-gonflés à sa coloc, en passant par ses études (génie civil), son prof d’anglais, son voyage à Chicago, sa vie à La Rochelle, son amour pour l’océan, j’apprends à la découvrir par ces bribes de vie qu’elle m’offre.

Puis l’avion atterrit dans un brouillard assez intense et flippant. Je récupère ma valise, et elle la sienne : « Tu t’appelles comment, au fait ? »

« Anna, et toi ? »

« William ! Bon, bah enchanté, et bonne année à toi ! »

Et nos chemins se séparent. Pas d’échange de numéros ou de Facebook, j’y ai pensé, mais bon, ça donnerait un poids trop important à la rencontre : après, je pourrais pas m’empêcher de tomber amoureux et ça deviendrait relou. Au moins, là, c’est une petite rencontre éphémère et légère comme j’aimerais en vivre plus souvent. Au fond, il suffit juste de se tourner vers son voisin et de lancer une conversation, et si ça accroche, c’est aussi simple que ça.

snapchat-487383072Il est 23h10 quand je récupère ma valise, et je me mets en direction du RER, qui est évidemment à l’autre bout de l’aéroport, complètement vide. Enfin, presque vide, puisqu’on se fait tous alpaguer par des Taxis clandestins qui nous proposent de nous emmener pour « pas cher », qu’ils nous disent. « Vous voulez vraiment prendre le RER ce soir ? Vous avez la foi ! »

Hop, rien de tel qu’un portique de sécurité trop petit pour faire passer une valise et un escalator en panne pour t’accueillir. Quand je vois ça, j’me dis que c’est normal que les japonais aient le « syndrome de Paris » et soient grave déçus quand ils arrivent. Je grimpe dans mon RER, départ prévu à 23h30, cool. Sauf qu’à 23h35, il est toujours pas parti, et un contrôleur vient dans notre rame pour nous dire de sortir : « accident voyageur », aucun train de partira avant 1h30 du matin.

snapchat-1088720760
WOOHOO

Oooooookay. Shit, que faire. Ca caille à mort, et j’suis claqué, je sais que si j’attends, je vais juste m’endormir sur place. J’hésite à m’appeler un Heetch, mais il me semble qu’ils évitent les aéroports parce que c’est le ter-ter des Taxis. Alors j’opte pour une stratégie : prendre un taxi pour qu’il m’amène à une des portes de Paris, ensuite je prendrai le métro, puis le RER.

C’est un peu relou et alambiqué, mais c’est la seule idée qui me vient et qui me semble réalisable. Je grimpe dans un taxi, et j’ai l’impression que chaque seconde passée à l’intérieur fait augmenter le prix de 10 centimes.

Evidemment, il n’a pas de lecteur de Carte Bancaire, donc avant de me déposer à Porte Dauphine, il tourne pendant un bon moment pour trouver un distributeur. Bim, 70 balles dans ma gueule, bienvenue en France frérot. Il est minuit et demie quand il me dépose dans Paris, et j’me dis que je vais marcher jusqu’à Charles de Gaulle – Etoile pour chopper la ligne 6 et rentrer chez ouam.

MAIS BORDEL QUE JE SUIS CON. ON EST LE SOIR DU REVEILLON. Evidemment que Charles de Gaulle ça va être méga blindé, au bout des Champs-Elysées, quelle idée débile. Alors hop, je tourne, et je me dis que je vais prendre la 6 à Boissière plutôt. Dans les rues c’est un bordel monstre, y’a des gens partout, bouteille à la main, ils sont tous bourrés, y’a des connards qui cherchent la baston à chaque coin de rue, et moi j’suis là avec mon énorme valise et mon sac à chercher une bouche de métro.

ss2017-01-01at01-01-02
« T’as fait quoi le 31 décembre, toi ? »

15820961_10154882403259322_1435928889_oSauf qu’elles sont soit fermées, soit blindées de gens qui poussent et se bousculent pour rentrer. Je marche de Porte Dauphine jusqu’à Bir Hakeim en faisant 50 détours. Surtout qu’arrivé à Passy, mon portable me lâche.

Tout était idyllique quand je papotais dans l’avion avec Anna, et là, à peine arrivé en France, j’me mange des RER annulés, un taxi hors de prix, des bouches de métro fermées et des types avinés qui lâchent des pétards et rigolent quand ils voient les gens paniquer. Top délire. Déjà que les retours de voyage sont rarement très plaisants, là avec la fatigue et la colère de ces déconvenues successives, j’ai l’impression d’être à deux doigts de péter un boulon.

J’arrive finalement dans mon ptit appart à 3h du mat’ heure française et je m’endors en quelques secondes.

Comme je n’ai pas envie de m’arrêter sur une note aussi négative, demain (ou plus tard, selon la motivation) je publierai un article avec les photos des trucs les plus WTF / marrants qu’on a croisés pendant ces 10 jours. Y’a du lourd, vraiment. Puis j’annoncerai le vainqueur du concours du jour 9 !

PS : Mes meilleurs vœux de réussite dans tout ce que vous entreprendrez en 2017.

18 commentaires

  1. Ah le neuneu ! Il y a 2 jours à éviter dans le métro parisien : la Saint-Sylvestre et le 14 juillet, arrivée du Tour de France ! Et puis quand on n’a pas le sens de l’orientation, on ne se lance pas dans la traversée de Paris, la nuit avec une grosse valise !!! je me roule par terre de rire !

    Aimé par 1 personne

  2. Hey! J’ai jamais commenté mais la c’est important xD jetais 1 semaine a la campagne sans wi fi ni douche et avec ma grand mère raciste xD a cause de toi mes parents vont pleurer en voyant la facture données cellulaires car chaque jour je me pliais en 73919 pour capter et lire ton doux récit qui m’a remonté le moral merci!

    J'aime

  3. Quelle idée de ne pas avoir demandé le numéro de la fille ?? Dommage je trouve !!! Oui je n’aie retenu que ça dans ta galère pour rentrer chez toi ! vive les joies de Paris ! Lol

    J'aime

  4. J’espère qu’avec les indices que tu lui as donné, comme ds un film, Anna te retrouvera !
    Sinon pr info y a un bus très gentil qui fait CDG – Nation. C’est compris ds la carte Navigo et ça met sur la ligne 6 😉
    Aligato domo pr ce blog bien sympa !!!

    J'aime

  5. Hé l’alcool de serpent ça existe aussi en France, sûrement un truc de pecores provinciaux ! J’en ai une bouteille en deco dans ma chambre mais j’ai jamais osé y goûter 😮

    J'aime

  6. Merci d’avoir partagé ton voyage avec nous, c’etait bien cool !
    Par contre (histoire de te faire râler un peu plus), tu t’es fait arnaquer par le taxi… Depuis quelques temps les trajets Paris-aéroports sont forfaitaires ! Du coup CDG-Paris rive droite, c’est 50 euros, et CDG-Paris rive gauche c’est 55 euros… Et pas de supplément bagage ni rien. Bon au moins ça servira pour une prochaine fois !

    Bon courage pour la reprise !

    J'aime

  7. Je commence par la fin de ton récit, mais j’ai vraiment beaucoup ri… ça me donne envie de reprendre depuis le début du coup. Ta manière d’écrire donne l’impression d’y être avec toi, c’est top. Merci pour le partage, et je vais revenir dans le coin histoire de lire le reste dans les jours qui viennent. Bonne année à toi aussi !
    Aurélie.

    J'aime

  8. Haha hardcore le retour ! On a vécu sensiblement la meme chose le meme jour. En vacances a punta cana, le 31 notre vol a été annulé puiiiis finalement apres moultes galeres attente et negociation, on a reussi a se refaire basculer sur un autre avion. Arrivée le 1er a CDG, pas de probleme pour tout ce qui etait rer et metro (gratuit pour la bonne année uesh) mais par contre, train pour rentrer sur bordeaux immobilisé pour cause de suicide … Gné. Et puis une intoxication alimentaire par dessus parce qu’on avait mangé au quick de montparnasse le midi. Nice ! Apinouir.
    Bref rentrer de wacances. C’est pas rigoulo. Du tout.

    J'aime

Lâche tes com's

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s