USA Nuit du 3 août.

T’es là, à picoler seul à un bar, pour ton anniversaire. Pas la folle soirée, mais pas si mal. Ca te permet de jouer cartes sur table, de pas courir à droite à gauche pour fuir le face à face avec ce mec qui te regarde dans le miroir.

Quand t’y penses, la dernière fois que t’as fait une grosse soirée d’anniversaire, c’était pour tes 20 ans, et vous étiez 10 à tout casser. Cela dit, c’était 10 êtres de qualité, et tu sais qu’aujourd’hui tu pourrais les réinviter. Ces dernières années l’été tu allais à New York voir ton pote Charles-Edouard, un pote de prépa qui a fait sa vie à Manhattan tranquillou l’air de rien. Et le soir de ton anniversaire, vous alliez tous les deux faire la tourner des bars jusqu’à ce que dégueulis s’ensuive, et c’était cool. A l’origine il était censé te rejoindre à San Francisco, mais étrangement, les ricains n’ont pas 2 mois de vacances comme certains, alors ça a capoté. Du coup tu picoles pour deux, pour compenser son absence.

Tu as l’alcool amer, ce soir.

Arrivé à ta troisième pinte, tu sors ton carnet et ton stylo de ta poche, et tu ne sais pas vraiment si c’est pour écrire ou te donner un genre. Alors tu écris. Des bribes d’impression, des fragments de ressentis, des bouts de phrases sur lesquels tu devras fonder un paragraphe si tu en as un jour le courage.

Ca rigole et ça parle fort autour de toi; tu jettes un oeil à la salle : les gens sont là par grappes de bruits, groupes d’humains, et finalement, y’a bien que toi et le serveur de seuls. C’est pas pour autant qu’il te parle.

Tu t’es toujours méfié des gens heureux. Faut pas être bien net pour être heureux, quand même. Ou alors sacrément manquer d’empathie. C’est vrai quoi, dans un monde tel que le notre, il me semble limite indécent d’être heureux; il te suffit d’un regard pour capter la détresse et le malaise chez les autres, pour voir sous leurs pas les fragments de rêves brisés qu’ils ne ramasseront jamais. Mais peut-être que ces yeux plissés par des rires pré-enregistrés sont aveugles à ce genre de visions.

Alors, à défaut d’être parmi eux, faut bien que tu les méprises un peu : réflexe primaire qui te vient du collège pour justifier d’être à l’écart. A les écouter parler, tu as l’impression qu’ils sont la réincarnation de vies milles fois vécues, et tu te demandes si la tienne est bien différente. Ce n’est pas parce que tu te tourmentes l’esprit que tu vis hors des normes, coco.

Tu penses à ton voyage, et t’as l’impression que tout ce que tu vois ici n’est qu’un mirage. Ca t’étonne pas tant que ça que San Francisco soit la capitale des suicidés, il y a trop d’idéaux ici, trop de beauté, trop de hauteurs inatteignables, de sourires en plastique qui te font dire que tu n’appartiens pas à cette réalité.

Je ressens un peu ça aussi, à mon échelle. Je suis ici comme un point noir sur un visage trop parfait, et on me tolère car je ne suis qu’éphémère, mais je suis certain que si je restais, je me muerai vite en réel bouton si insupportable à la vue qu’on me percerait vite à jour.

32 commentaires

  1. Je n’ai pas vraiment plus que 10 vrais amis… Allez peut-être 15 à la rigueur que j’aimerais voir à ma fête d’anniversaire, si j’en faisais une.
    Joyeux anniversaire Wiwi (allez hop je me permets, depuis le temps que je te lis!).

    J’avoue être étonnée de voir à quel point tu sembles te sous-estimer. De ce que je lis sur PP et ici, tu es quand même très ouvert, tu parles facilement avec les gens.

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  2. L’alcool au goût de spleen pour fêter son anniversaire loin des gens qu’on aime… Pas une bonne idée… Au fait je suis une lionne du 30/07 qui sais que les anniv de l’été sont les plus tristounets. 27 ans : prenez bien soin de vous.

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  3. On va dire, en parodiant un autre grand voyageur  » qu’on n’ est pas sérieux quand on a 27 ans »!
    Que cette étrange nuit d’anniversaire au goût doux amer ne soit qu’une parenthèse.

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  4. pour mon anniversaire il n’y a que trois personnes, a la limite quatre, même si je suis plus tentée par deux que j’aimerais voir ^^ je ne suis pas de l’été, mais je tombe souvent en Toussaint, et je n’ai pas facebook, donc faut se rappeler de moi!

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  5. Wiwi, j’ai jamais osé commenter mais je te lis avec assiduité, sur twitter comme ici. Ton road trip me fait rêver et c’est un vrai plaisir d’en avoir quelques bribes !

    Je voulais te dire que j’ai mal au cœur dans tes moments de solitude et de tristesse… Mais malgré toutes les saloperies de ce monde et les éclats de rêves brisés, tu as le droit d’être heureux, et tu y arriveras 😉

    Profite bien de ton voyage, il te tiendra chaud quand tu broieras du noir.

    Zoubi

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  6. Comme il a fait l’Ecole du Cirque et du Théâtre, il ne faut pas toujours prendre au premier degré ce qu’il raconte ! Il est très difficile de savoir le vrai du faux avec OuiOui !

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  7. Putain c’est beau. Merci de nous raconte tout ça, Monsieur le Prof, parce que franchement, ça donne envie ! (je parle du voyage, pas des crises existentielles. Quoi que). J’imagine qu’on sera bien au moins 3000 à l’acheter, ce bouquin, quand il sortira … Parce que là, je suis en plein rattrapage des épisodes (comprendre : tout lire depuis le jour 5) et je suis deg de devoir m’arrêter là ! Je souhaiterai donc étendre mes remerciements : 1. Merci pour les suggestions musicales (kiffance extrême sur Grandaddy en ce moment même), littéraires et filmographiques. J’ai l’impression de devenir intelligente et tout. 2. Merci pour les photos, les paysages et les textes, qui donnent VRAIMENT envie de partir. Etant une 19annaire qui ne rêve que de pouvoir partir, voyager, explorer, etc, ce que tu fais me parait juste ouf et je ne peux m’empêcher de rêver ! D’ailleurs, je ne l’envisageais pas vraiment jusqu’à maintenant mais ça se pourrait que grâce à toi, mon « erasmus » se passe aux states. Lire ce blog, c’est dans le prolongement des « vlogs » que j’ai déjà l’habitude de mater (Ben Brown ou FunForLouis les bests (aussi, FAUT QUE JE PARLE DE CASEY NEISTAT MON ROLE MODEL DE LA LIFE, car ça m’y a fait penser dans ton post 22 avec le « Bonneville Speedway » : https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=NZ8RiLLt6yg ) ) et ça, c’est beau. 3. Merci pour les instants philosophie. Je me doute que ce n’est sans doute pas leur but originel, mais ça fait du bien, food for thought. Keep living, stay hungry but above all : « Life is a journey, not a destination.” (cc. épisode 14 « la route n’est plus cette corvée qu’on doit se taper pour aller à l’endroit voulu, non, elle est une partie intégrale du voyage. »)

    PS. déso de raconter ma life.

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  8. Je propose qu’il ouvre une cagnotte on lui verse tous entre 3 et 5 euros pour qu’il reparte en road trip l’an prochain. Dans un pays non anglophone cette fois pour augmenter le côté comique du voyage.

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  9. ben alors, c’est quoi ce spleen ?
    je ne vais pas te faire de leçons sur le bonheur, pas le moment, le monde est tel qu’il est avec ses beautés (que tu as traversées) et sa misère, et mieux vaut y apporter son sourire que sa tristesse, allez, j’espère que ça ira mieux aujourd’hui, c’est aussi ça partir à l’aventure, mais on peut tout aussi bien super bien planifier un voyage et la chose la plus importante ne se déroule pas comme prévu ou est décevante, pas de regret 😉

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  10. Les anniversaires rendent souvent mélancoliques (ah mince c’est mon tour la semaine prochaine…). Si tu as 10 potes à inviter à tes anniv’ c’est pas mal. Moi j’en ai pas 10. On dira qu’on remplace la quantité par la qualité (même si c’est plutôt parce qu’on n’a pas le choix !).

    Bon anniversaire quand même, ça reste toujours un jour un peu spécial qu’on le passe seul(e) ou non. 😉

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  11. Il y a toujours des moments comme ça de spleen ça fait du bien parfois de cracher son venin.

    Gaffe, 27ans, l’âge des légendes si tu meurs cette année

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  12. Vraiment dommage d’avoir coupé la partie avec « Molly » c’était mon paragraphe préféré…Mais j’peux comprendre pourquoi tu l’as fait.

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  13. Wiwi, je pense que c’est bien la seule fois de ma vie que laisse un commentaire sur internet. Comme tout le monde ici j’attends impatiemment tes aventures chaque matin, et comme quelqu’un l’a mentionné une fois, tu arrives à écrire tes textes beaux avec des mots simples, et c’est tout ton talent. Ton style me fais énormément penser au livre de Marina Keegan « The Opposite of Loneliness » (http://www.theguardian.com/books/2014/jul/27/the-opposite-of-loneliness-review-marina-keegan) – et que je considère personnellement comme le livre de notre génération (carrément, woué). Le bouquin a une histoire un peu particulière, et ses réflexions sur la jeunesse, le (notre) futur, et la vie en général (et son sens), m’ont pas mal boulversifiée
    Si jamais tu passes sur London fais-moi signe on pourra en discuter autour d’une bière (pub talk, my favorite) 😉

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    • Merci ! (être comparé à l’auteur du livre de notre génération, selon toi, c’est quand même plutôt flatteur héhé). Je viens de lire l’article sur l’auteur et ça donne envie de lire ça, même si le contexte de la publication du bouquin est assez tragique. Ok, hop, je le rajoute à ma liste ! (et c’est noté pour la bière, hé.)

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  14. Mais fait toi confiance un peu et tente des trucs de fou ! La vie tu la serre dans ton poing et tu la baise !

    En tout cas je t’estime et t’aime pour deux.

    (Joyeux anniversaire en retard !)

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