USA Jour 20 – Golden Cookie

Mardi 28 juillet

La nuit ayant été agitée par des cauchemars assez flippant et des sursauts multiples, la matinée s’est vue elle-même très ralentie. J’ai flemmardé dans mon coffre jusqu’à ce que la chaleur devienne insoutenable avant de daigner me lever, et c’est en traînant les pieds que je suis allé me ravitailler au Walmart.

IMG_20150728_103822Comme j’ai visité les casinos à Vegas ou les vues au Grand Canyon, il me paraît logique de jeter un œil à ce qui fait la particularité du Colorado depuis quelques années : la légalisation du Cannabis. Je m’imagine déjà errer entre des rayons et voir tous ces échantillons, mais non, les Etats-Unis ont paré tout ça d’un habillage médicale pour accepter d’offrir de la défonce facile. Donc pour rentrer dans le « dispensaire », il faut donner sa carte d’identité à l’entrée. Manque de bol, la mienne est résiliée depuis janvier, je lui explique qu’une loi française allonge la durée de vie de la carte, mais ça lui paraît suspect, il me demande mon permis, mais lui non plus n’a pas de date d’expiration. Je me fais donc refouler alors que le magasin est vide, mais bon, ça montre qu’ils prennent pas la régulation à la légère. Je vais donc chercher mon passeport et reviens pour parvenir à rentrer. Et là c’est donc comme à la pharmacie, t’as plein de tiroirs derrière le vendeur mais y’a que lui qui fouine dedans. Tu sais pas trop fumer alors tu demandes s’il n’y a pas de truc mangeables, et là elle me sort un menu de trois mètres, mais j’en retiens surtout les cookies et les barre de chocolat, que j’achète. J’suis un grand curieux après tout.

La connaissance de Denver me dit que je devrais visiter Golden, sans pour autant proposer de se voir, à nouveau. J’y vais donc et y arrive au bout de quelques minutes. C’est là que je décide de goûter un peu ce cookie, qui m’avait l’air fort fameux et avait un arrière goût de lavande. Puis j’ai croqué dans la barre de chocolat.
IMG_20150728_121526Après ça, je fais le tour de la bourgade, et à part une envie de prendre des selfies avec n’importe quoi et quelques ricanements par ci par là, je ne ressens pas grand chose et m’imagine bien que c’est pas ces effets fragiles que recherchent les défonce-man, alors je reviens sur mes pas et m’offre la fin de la barre de chocolat. A chaque bouchée, je ressens une intense chaleur derrière les oreilles.

C’est quand chaque partie de mon visage semblait s’étirer de chaque côté que j’ai su que j’étais bien défoncé. Très vite, tu as peur de ne pas avoir l’air « normal », et les pensées s’enchaînent : »Déjà en temps normal je dois avoir l’air bizarre de marcher tout seul comme ça, d’un point à un autre et de revenir ensuite, les gens ils doivent me trouver bizarre »

« Enfin les autres ils sont bizarres aussi au bord de l’eau sur des pierres alors qu’ils pourraient être tranquilles chez eux à boire des bières donc je suis ptet pas si bizarre que ça.  »

IMG_20150728_120008Mais je me suis vraiment senti à l’écart du monde quand j’ai tenté d’écouter ce que disaient les passants qui parlaient fort, mais je ne comprenais pas vraiment ce qu’ils disaient, ils parlaient tous comme dans les sims « ahshla goudou beybey makisinaki nallot aww » je ressentais l’intention dans l’intonation mais le message me passait complètement au-dessus.

Je tente de me raccrocher à la réalité avec internet mais en fixant mon regard sur un point, j’ai l’impression que le verre de mes lunettes et le reste du monde sont sur deux couches différentes qui pourraient être indépendantes.

Devoir absolu de s’asseoir pour être un moins bizarre, dans la mesure où tes pieds ont une seconde d’avance sur ton esprit. Mettre de la musique comme bouclier pour que personne vienne me parler

J’ai l’impression que peut-être mon roadtrip ne se finira jamais. Peut être que c’est une bonne idée. Peut être pas.
20 jours déjà, c’est long putain. Tu sais pas si une fois revenu, tu pourras dire à ton tour « ouais ce voyage m’a changé, je suis un nouvel homme » comme tous ces types que tu envies, là, à posséder quelques clefs du monde.

Besoin de marcher pour user le coeur qui bat à cent à l’heure.  Tu te lèves, plonge tes mains dans les poches pour y chopper tes écouteurs. Ils sont emmêlés, et les défaire est une lutte éternelle, tel un combat contre l’hydre à deux têtes, qui jamais ne tombent et toujours s’emmêlent. Ce combat te semble durer des heures, mais même des minutes te paraissent bien longues. Tu dois avoir l’air bizarre debout comme ça depuis 10 minutes, et ce genre de pensées te foutent un vertige littéral, tu as l’impression de tomber de 10 mètres par la nuque.

Tu défais enfin les écouteurs, victorieux mais épuisé, tu te rassois et écoute Lana del Rey. Deux chansons. Reposante. Tu te relèves.

En marchant tu te fais la réflexion que tu ne t’es jamais vraiment senti étranger, mais là oui, comme plongé dans un monde dont tu ne saisis plus aucune règle. Comme déboussolé à chaque instant, et tu sais qu’à aucun moment le GPS ne pourra t’aider à retrouver ta voiture, alors pourquoi lutter ?

Si à Zion l’ordre des choses te semblait révélé, maintenant, tous les fragments de réalité sont comme des cailloux éparpillés par un dérapage.

Tourner à droite semble agréable pour son accès au ptit parc, mais tourner à droite est un calcul trop compliqué à l’envers et tenter de revenir serait impossible. Vive l’aventure, tu tournes à droite sans broncher et vient t’asseoir sur cette pierre qui un instant te permettra de paraître moins suspect.

Tu as soif. La voiture? Ou se reposer ? Lana Del Rey chante directement dans tes oreilles, et c’est plutôt apaisant, ses petites complaintes. Elle souffre pour moi tout en me faisant les yeux doux la coquine.

Jauge de suspicion élevée à nouveau. Je me lève. Le but c’est de faire en sorte que personne ne nous parle, sinon ça peut devenir ingérable dans ce cas.

Oh et ouais non, tu te rassois directement en te disant que tu peux bien taper du pied gauche au rythme de la musique pour t’accorder quelques minutes de répit, le temps d’écrire ces mots. Gorge sèche. Besoin de boire, donc besoin de me lever pour de vrai.

Tu te lèves enfin avec ce besoin de lutter et y arrive, reprend fièrement le droit chemin. Tu arrives à un feu rouge pour piéton, il attend, attend, et Lana a le temps de chanter deux fois que ton feu est toujours rouge. Tu as trois choix à ta disposition et le besoin de bouger, tu te lances dans un duel contre ces cyclopes rouges, probablement plus long que dans un Sergio Leone, car tu as l’impression qu’entre vous défilent toutes les voitures de la ville (au moins deux fois chacune) Qu’est-ce que tu peux avoir l’air perturbé à attendre sur ton bout de trottoir depuis 10 minutes.

Ah ! C’est vert à gauche, tu traverses et pense être dans la bonne direction, ce qui t’étonne. Tu as ce besoin d’écrire pour capter cette nuée de sensations, qui tu le sais deviendrait très vite impalpable, ineffable. Tu les ancres dès que tu peux dans le réel.

Tu avances et tes pas régulent tes pensées au fil-de-ta-marche-un-peu-comme-ça c’est étrange mais pas forcément désagréable

Les décors s’allongent comme dans Oliver et Tom mais jamais tu ne t’arrêtes, et arrive finalement au moins deux épisodes en avance .

Tu rentres dans la voiture et te branche avant de boire.

Tu restes dans ta voiture, il ne fait que 26 degrés mais tu sues à grosses gouttes. Tu bois bien. Tu as l’air louche ici aussi mais au moins tu es dans ta voiture, elle te protège comme un point de sauvegarde dans Final Fantasy VI. Une bulle de protection te réchauffe. Il est 14h.

Tu luttes mais chaque chose peut être ressentie, depuis le deltaplane à l’enfant qui pleure, en passant par l’écureuil ou l’eau qui coule loin, et tu ressens chacune d’elle comme une invasion. Tu t’épuises et allonge ton fauteuil en espérant être discret .

Lana te berce en te parlant d’autres mondes, tandis que dans le tien, les formes du monde entier se rattachent à des idées et un rond rouge sur un fond bleu te rappelle ton frère tandis que du vert croisé à du beige te renvoie à Super Mario World. Tout semble concorder et s’aligner comme dans Tetris, les formes et les idées s’emboîtent.

Puis tes pensées vont vers ces élèves qui arrivaient défoncés en cours et si c’est ce à quoi ils tournaient, leur difficulté à comprendre les verbes irréguliers s’explique un peu plus.

Sur cette montagne tu vois un ogre pas content, le gamin qui se cure le nez des Crados, un métamorfe et Végéta évidemment.
Sur cette montagne tu vois un ogre pas content, le gamin qui se cure le nez des Crados, un métamorfe et Végéta évidemment.

Et à la regarder, cette montagne, tu te sens bien; le paysage te fait penser un peu à Ascain, et à ce temps où tout était bien.

Mon téléphone clignote, une notification : un certain « Yanis » veut m’ajouter en ami. La photo me dit rien. Un ancien élève ? Une rencontre parisienne ? Un stalker ? Je mate dans sa liste d’amis et sur chacun des visages j’ai l’impression de voir un ancien élève, les noms les plus improbables me sont familiers, et il me semble connaître la terre entière.

Je bascule mon siège en arrière et me voilà à me sentir comme une pièce de Tetris qui tombe et regarde ce qu’elle laisse derrière elle, le monde semble s’étirer loin de moi. Peu à peu le décor se rapproche de mes yeux, et je sais que je suis sur le chemin de la première réalité.

À 17h, je soupire un « ouais, j’irai bien me réaffronter le monde » et hop, je me redresse et c’est reparti pour un tour, afin de voir si je coïncide mieux avec la réalité, du Rone dans les oreilles pour m’acclimater.

Arrêt au bord d’une rivière où des gens descendent en bouée entre potes. Petit vent apaisant et musique en concordance.

Je suis un peu jaloux d’eux, je voyage, je découvre beaucoup de nouvelles choses mais avec un pote où deux, putain, qu’est ce qu’on s’amuserait. Entre suspicion et légèreté. J’ai comme besoin de gens à mes côtés, pour m’aider à franchir le rail de sécurité et oser, un peu. J’arrive à partie, à franchir les distances, traverser des milliers de kilomètres mais au bout du compte, je m’arrête là, au bord de la rivière, à regarder les autres rire et blaguer. Spectateur de leur bonheur.

Y’a un groupe qui arrive tiens, 3 mecs et 4 meufs, et tu vois celui qui fait le coq, ou le suiveur pas très charismatique avec ses cheveux en arrière. Tous à jouer leur rôle devant mon regard de corbeau perché sur une pierre. Je suis sûr que leur groupe est à 2 doigts de se briser, ils se cachent trop de trucs entre eux. Le mec avec les piques sur la tête sortirait bien de son rôle de clown et le sosie de M Pokoroa aimerait qu’on cesse de ne s’intéresser qu’à son physique. Haha, ton petit soap opéra à toi.

Tu tentes de reprendre le contrôle sur ton esprit et mets Edward Sharpe dans tes oreilles pour te réveiller et t’emmener dans un monde très simple et souriant. Tu te retrouves hypnotisé par la rivière, son clapotis, sa fraîcheur et ses couleurs. Tu la fixes longuement, comme figé devant une flamme.

C’est enfin le Lacrimosa de Preisner qui t’apaise totalement en t’emmenant aux frontières du sublime, où chaque rayon du soleil t’emplit de lumière.

Revenu à ta voiture, ce n’est qu’à 20:26 que tu retrouves cette rugosité de la pensée, qui te fait dire que tu reprends conscience.

Je vais faire un tour histoire de bien avoir l’esprit au clair, je marche, happé par un Jam jazzy vient de loin, et je tombe finalement sur une fête de village où les gens affluent en vélo.

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Il y’a des stands de bouffe, de picole, des gens dansent et j’ai l’impression de tous les reconnaître, comme si c’était tous ceux que j’avais croisés dans la journée. J’étais dans la fête du tournage, où tous les figurants de ma journée se rencontreraient une fois le soir venu. Tu restes un moment à te dandiner devant les musiciens mais quand même il se passe des trucs particuliers, y’a des types déguisés en Hawaïennes et une meuf qui danse avec son chien et moi qui croyais reprendre pieds. Tu marches au sein de ce monde étrange comme un visiteur, observateur que personne ne semble remarquer.

Tu reviens une dernière fois à ta voiture, le temps de taper ces mots il est 22:20, les choses sont à nouveau au clair. Préférant la jouer safe, tu restes garé là où tu es pour dormir, faut vraiment pas déconner à prendre la route les enfants, c’est la morale de l’histoire et on déconne pas avec ça. Tout ça pour dire que ça rend pas bien malin ces cookies quand même.

45 commentaires

  1. Pourquoi tu est partie de Los Angeles quand j’y suis arrivé et tu arrive a san Francisco quand j’en pars?
    S’est bête on a plus ou moins le même parcours mais jamais les même dates, a un ou deux jour près
    Tu m’évite on dirais :/
    Enfin je vais rencontrer des potes a san Francisco donc je pourrais te conseiller des trucs cool

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  2. gloups ! flippant !
    et c’est vrai que c’est puissant comme médoc, j’ai une tante atteinte de sclérose en plaque qui en prend pour se soulager, c’est enfin autorisé en France…

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  3. Bien écrit ton trip! Le choix de la 2ème pers. du sing. s’est imposé à toi d’un coup ou tu l’as ajouté après avoir écrit le texte à la première? Et la « rugosité de la pensée », bravo! Tu te poses de nombreuses questions sur l’utilité de ton voyage mais il y en a déjà une évidente : tu es en train d’écrire un truc vraiment bon, mec!

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  4. Le plaisir de te lire tous les matins au petit déj va me manquer quand tu seras rentré ! Merci de prendre le temps et le courage chaque jour de nous raconter ton périple et tes pensées. Tu devrais sérieusement songer à écrire un livre. (peut-être y songes-tu déjà d’ailleurs ?)

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  5. Le but de ton voyage est de te perdre pour mieux te rencontrer semble t’il, peut être qu’il ne s’agit pas de clefs, mais plutôt d’une prise de conscience de ce que tu es , de ce que nous sommes, l’important est de partager. Nous vivons tous la même chose, apparemment ( sauf pour les cookies damn..^^ Enjoy).

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  6. Doucement Monsieur, vous devez donner des cours dans un mois, et c’est pas en chantant « Ça plane pour moi » de Plastic Bertrand que ça va aller !

    Faites attention à vous quand même ! Et éviter les cookies et les barres de chocolat. Ou donnez en à vos élèves pour qu’ils restent calme.

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  7. Houlaaaaa, pas top, le trip au cookie tout seul. Je m’y étais essayé à Amsterdam, mais dans un hôtel et en douceur… heureusement car un petit con de la chambre à côté s’était amusé à appuyer sur l’alarme incendie… j’ai juste pensé à prendre mon fric avant de descendre très lentement , par les escaliers, à la réception… pour apprendre que c’était une fausse alerte. ;o)).
    Pas cool, ce sentiment d’être seul dans un monde qu’on ne comprend pas… ça m’est arrivé il y a longtemps quand je fumais … Mais mes voyages aux States ont toujours été très « sages » ;o)).

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  8. Finalement, écrire son voyage doit aider à se sentir un peu moins seul. Les paysages et la musique sont les partenaires de la solitude et de la plénitude. Je pense que c’est une expérience qui peut changer une personne. Bon courage pour la suite, nous sommes juste chez nous, installés bien confortablement à se régaler à lire tout ça, je ne sais pas si j’en serais capable.
    Enjoy !

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  9. premier post défoncé, je suis en train d’écrire ce message avec la deuxième vidéos que tu as posté, je suis enivré. Tu penses comme moi en mode défoncé, tu t’attardes sur des choses futiles est à l’impression fondé ou non que le monde est limpide pour toi. Et ce monde est tellement triste mais si réel, tu as raison. Ce petit con à ma crête essaie d’être raisonnable cari il n’est pas ce fou qu’il semble paraître, il est fou/non stable. Ce côté foufou est la seule manière pour lui de survivre dans ce monde dérangé. Mais quoi qu’il arrive si il est lui même il fera peur au monde, Le monde est triste est irrécupérable. Saches le.

    Mais un peu d’amour n’est jamais traité avec indifféremment… L’ocytocine est toujours traité avec respect même si on n’en a pas l’air. Désolé je digresse… Gros pâté pour pas grand chose. Vive les postes avec substance illicite, elles sont tellement limpide, le monde est en perdition, seul l’instant présent est important…

    Message d’un fou qui ne croit plus en grand chose…

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  10. Une fois j’ai mangé un spacecake bien violent aussi avec des potes. C’était tel qu’on ne pensait même plus, que nos rires remplissaient le vide de nos âmes pour finir endormis et presque paralysés.
    C’était plutôt chouette quand même, mais je sais pas si j’oserais tenter ça dans l’inconnu.

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  11. Très marrant et toujours aussi bien écrit. 🙂 J’ai une journée de retard du coup j’en ai 2 à lire aujourd’hui, génial !
    (J’ai fini Moon Palace, merci beaucoup pour la découverte, j’en ai eu mal au ventre mais j’ai beaucoup aimé.)

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  12. Tout ceci m’a rappelé que j’ai lu trois de tes articles en étant défoncé, et que, stupéfiants aidant, je m’étais bien marré. J’étais en plus de ça envieux, je ne voulais pas que voyager dans ma tête, et pouvoir vivre les mêmes choses
    PS : premier commentaire que je mets sur un blog. Je me sens enfin accompli dans ma relation avec le web.

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  13. Bizarre, je sais pas si c’est le fait que tu parles de défonce où la digestion qui fait effet mais j’ai clairement l’impression de pas comprendre ce qu’il se passe autour de moi comme toi dans la ville.

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