USA Nuit du 14ème jour

Avis aux lecteurs : cet article ne raconte pas grand chose en rapport avec les USA, donc si c’est pour ça que vous venez, vous pouvez passer votre chemin et attendre le prochain article; ici, c’est plutôt de la divagation nocturne, le genre de trucs qui te bouffe le cerveau quand tu conduis de nuit.
Après m’être enfilé un bon ptit Burger et une dose de Dr Pepper, je prends la route en direction de Monument Valley, en me disant que sur la route, je trouverai bien une aire de repos pour y passer la nuit. Effectivement, au bout de quelques kilomètres, j’en trouve une et je m’y gare. Toutefois, je préfère prendre mes précautions et check google en tapant ces quelques mots : « rest area sleeping safe ». Je tombe sur pas mal de forums où beaucoup de gens déconseillent de dormir sur des aires de repos, parce que ce n’est pas « safe. » J’hésite, ça m’a l’air plutôt pas mal pourtant ! Mais bon, je suis leurs conseils, et comme la nuit tombe, je regarde où est le Walmart le plus proche. 2 heures de route. Mrfl. Il est 21 heures et le Dr Pepper m’a requinqué, donc je tente le coup.

Je l’ai déjà dit, mais j’aime pas trop conduire la nuit ici, on est vraiment dans une bulle d’obscurité et c’est pas très agréable, d’autant plus que j’ai l’impression de passer à côté de magnifiques paysages sans pouvoir les voir.

Je me prends évidemment les pleins phares des voitures d’en face dans la tronche, et derrière moi, il y a une voiture qui me suit sans me dépasser pendant plusieurs dizaines de minutes. Je commence à psychoter; avec ces histoires d’aires d’autoroute pas safe, je m’imagine que les tueurs pullulent sur les routes, et donc que le type derrière moi me piste pour me buter. Une fois qu’il m’a doublé, je sais bien que ma parano n’a aucun sens, mais pourtant, le mal est fait, la machine est lancée, et dans ces moments-là, difficile de m’arrêter : je pense à la mort.

Et si j’avais un accident ? Et si on me butait ? Est-ce qu’à cet instant, si ma vie s’arrêtait, elle aurait quand même eu un sens ? Est-ce que j’aurais apporté quelque chose, ne serait-ce qu’une chose absolument infime, au reste du monde ? Est-ce que j’aurais donné le goût de l’anglais à quelques élèves ? Et à quoi penserais-je au moment où ma voiture ferait des tonneaux ? A ma famille ? A mes amis ? Au fait que putain merde j’aurais bien aimé voir le dernier Star Wars quand même ?

Est-ce que je partirais en paix ? Comme ces deux dernières semaines ont été fort chouettes, mon premier réflexe serait de dire que oui, mais il n’y a pas que ça, il y a tous les au revoir que je n’aurais pas faits. Et puis il y a toute l’affection que je n’ai pas su donner, il y a mes proches à qui je n’ai jamais su dire à quel point ils sont importants, préférant me cacher derrière de ridicules sarcasmes pour éviter de trop me dévoiler. Il y en a certainement qui me lisent en ce moment, et j’suis désolé, mais cet aveu à demi-mot, je crois que c’est le maximum que je puisse livrer.

Au fond, qu’est-ce que j’aimerais faire, avant de mourir ? Une des grandes forces directrices de ma vie ces derniers temps, ça a été ce voyage, mais une fois revenu, qu’est-ce qui me mettra en mouvement ? Je conduis toujours, j’avale les kilomètres, et j’essaie de faire ma « bucket list », c’est-à-dire la liste des trucs à faire avant de mourir :

-Me faire suivre sur Twitter par Najat (ça c’est fait, YEAH)
-Voir des aurores boréales
-Déclarer ma flamme à Emilie Simon
-Publier un livre

J’sais pas trop en fait. Je caresse comme beaucoup de monde (je pense) l’idée de partir selon mes propres termes. L’idée ça serait de raccrocher quand on est au top de sa vie, mais c’est pas évident à jauger, ça, d’autant plus qu’on a toujours l’arrogance de croire que le meilleur est à venir.

Mais j’pense que la vie, c’est un peu comme la série Dexter : la saison 1 accroche pas mal, la 2 est pas terrible, la 3 remonte la pente et la 4 est l’apothéose. Et y’a des gens qui vons nous prévenir, nous dire qu’à partir de la 5 c’est à chier, et c’est de pire en pire jusqu’à la 8ème ! Et nous comme des cons, on veut vérifier par nous même histoire d’être bien sûr, et arrivé au bout, on a quand même un sacré goût amer, l’impression d’avoir perdu notre temps, et pire, l’impression que ces 4 dernières saisons ont sali les débuts de la série.

Cioran dit que ça ne sert à rien de se suicider, parce qu’on meurt toujours trop tard. Le mec est assez dark quand même, et j’pense qu’il disait ça pour justifier qu’il écrivait encore sur le suicide à 80 ans le ptiot, mais j’vois l’idée. Il y a aussi une citation de lui du genre « Sans l’idée du suicide, je me serais tué depuis longtemps », comme si le fait d’avoir ce siège éjectable à disposition lui permettait de tolérer plus de choses. Je vois bien le principe, moi-même je ne regarde « Soda » que lorsque j’ai la possibilité d’éteindre la télé quand je veux. Sinon ça serait un supplice extrême.

Toutes ces considérations occupent mon esprit pendant une bonne partie du trajet, quand soudain, alors qu’il me reste 15 miles à parcourir, une ambulance derrière moi allume ses gyrophares. Je ralentis pour la laisser passer mais c’est bizarre, il y a une voie pour me doubler mais non, elle continue de me coller au cul. J’ai pour réflexe de ralentir et me mettre sur le bas côté, et elle me suit : c’est à cet instant que je comprends que ce n’est pas une ambulance mais une voiture de flic. Ouh putain.

Le mec s’approche de moi avec sa lampe de poche, tape contre ma fenêtre et me dit de garder les mains sur le volant. Ouh putain. Je prends mon plus gros accent français pour lui répondre et potentiellement inspirer sa pitié. Il me dit que je conduisais à 76 miles par heure au lieu de 65, et que c’est trop vite. « Oh, I am sorrRRRry, I am tired and wanted to go to sleep », il me demande mon permis, passeport, et file dans sa voiture. J’attends de longue minutes en écoutant Balavoine (ça rend les minutes plus longues encore il paraît), et il revient en me tendant une carte : pas d’amende cette fois-ci mais il faut conduire plus prudemment. J’en profite pour lui demander si c’est safe ou pas de dormir sur une aire de repos, et il confirme qu’il vaut mieux éviter. Balavoine n’a pas l’air de l’inspirer, il se barre et je le remercie.

Bon, au moins ça a chassé mes idées cheloues de la tête, plus de métaphore filée à base de Dexter pour moi ce soir, je continue ma route tranquillement et arrive enfin au Walmart, mon oasis dans cette nuit bien étrange.

25 commentaires

  1. C’est marrant comme tout le monde, en pensant à la mort, essaye de faire le point sur ce qu’il a fait durant sa vie, sans pour autant s’inquiéter de ce qu’il y a après…

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  2. J’ai bien aimé la parabole de la vie comme série américaine. Mais tu te trompes sur un point. L’une des raisons pour lesquelles on continue à regarder la saison 5 et les suivantes, c’est que d’autres sont avec toi, sur le canapé, et veulent les regarder aussi. Et là: coincé ! Tu peux plus éteindre la télé 😉

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  3. C’est marrant que tu prennes ça pour de l’arrogance le fait de penser que le meilleur est à venir… Pour moi c’est avoir de l’espoir … Et pour ceux pour qui ça n’a vraiment pas été terrible avant, ça aide à continuer non? Genre de toute façon ça peut pas être pire! J’aime beaucoup te lire dans partenaires, sur Twitter et ici! Enjoy your trip !

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  4. Pour ajouter un peu de joie et de gaieté:
    « On a peine à croire à quel point est insignifiante et vide, aux yeux du spectateur étranger, à quel point stupide et irréfléchie, chez l’acteur lui-même, l’existence que coulent la plupart des hommes : une agitation qui se traîne et se tourmente, une marche titubante et endormie, à travers les quatre âges de la vie, jusqu’à la mort, avec un cortège de pensées triviales. » – dixit un allemand, d’ailleurs.
    Derien.
    Lolilol.

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  5. Un truc que tu m’as apporté ? Il y a environ 2 ans tu as corrigé un bref fichier Word de préparation à un entretien pour une université Anglaise.
    On m’a accepté, j’y ai passé la meilleure année de ma vie et aujourd’hui je poursuit mon rêve : être avocat à Londres.

    Merci

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  6. J’ai beaucoup aimé cet article. Merci de nous avoir invité à voyager dans ta tête. Les pensées nocturnes font partie intégrantes d’un road trip. Je me rappelle avoir eu les mêmes réflexions lors de mon voyage en Europe de l’Est. Du coup, j’espère que la chanson de Balavoine était « quand on arrive en ville » :D.

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  7. J’écoute la BO de Twin Peaks en lisant cet article, je trouve que ça donne une ambiance particulière à ce texte. Sinon ne t’inquiète pas tu réussiras a publier ton livre où tu glisseras une dédicace à Emilie Simon qui séduites tombera sur ton charme et vous déciderez d’aller en Islande voir des aurores boréales ! C’est beau d’être optimiste!

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